Environnement

Changement Climatique dans l'Espace Mont-Blanc

L’EMB: un formidable laboratoire pour l’étude de l’évolution des écosystèmes et la recherche de nouvelles stratégies d’adaptation aux effets du changement climatique

Le changement climatique est en train d’apporter rapidement des changements significatifs et visibles à l’environnement qui nous entoure. L’atténuation et l’adaptation aux changements climatiques et aux impacts de ce processus sur les écosystèmes et les activités humaines constituent l’un des plus grands défis auxquels la société et la politique d’aujourd’hui sont confrontés. Les changements en cours en termes d’intensité, de vitesse et d’homogénéité au niveau mondial sont sans précédent (IPCC 2022).

Les zones de montagne comptent parmi les régions les plus exposées aux effets du changement climatique, causés par les émissions de gaz à effet de serre résultant de l’activité humaine (production et consommation d’énergie, production de ciment, transports, activités industrielles, agriculture...).
Au sein de l’Espace Mont-Blanc (EMB) et depuis la fin des années ‘80, la température moyenne annuelle a augmenté de 0.2 à 0.5 °C par décennie, dépassant les taux de réchauffement global de 0.2 ± 0.1 ºC par décennie (GIEC, 2018). Cette augmentation des températures est surtout prononcée au printemps et en été (Rapport Climat, 2018). Dans l'EMB la proximité entre reliefs exceptionnels et vallées où l’urbanisme est dense, impose une très forte connexion (géographique, économique, sociale) entre la haute altitude et le fond de la vallée, créant un lien direct entre nature et collectivités. De plus, les contrastes géographiques (exposition, altitudes, etc.) et climatiques (d’un climat presque méditerranéen dans les vallées suisses et italiennes à un climat presque polaire en haute altitude) qui existent entre les vallées du Mont Blanc font de l’EMB un formidable laboratoire pour l’étude de l’évolution des écosystèmes et la recherche de nouvelles stratégies d’adaptation.

La disponibilité de données sur les 3 versants du massif du Mont-Blanc permet de suivre et d’étudier à 360° l’évolution de nos territoires, mais également de pouvoir comparer les différences et partager le développement d’actions d’adaptation et de bonnes pratiques nécessaires pour minimiser la vulnérabilité du territoire et saisir les opportunités découlant de la hausse des températures.

Parmi les effets de l’augmentation des températures moyennes annuelles, plus visibles dans les vallées alpines, il y a le recul des glaciers qui, en plus d’entraîner un énorme changement du point de vue paysager, apporte avec lui plusieurs problématiques. Les glaciers sont en effet une importante réserve capable de garantir de l’eau au fond des vallées habitées même pendant les saisons estivales toujours plus sèches et chaudes.

Bilan de masse annuel
Cet indicateur observe les changements intervenant au sein des masses glaciaires des bassins d'Argentière (Chamonix - France), du Giétro (Valais - Suisse) et du Rutor (Vallée d'Aoste). Le bilan de masse d'un glacier exprime la variation en volume du glacier, mesurée comme la différence entre l'accumulation et les pertes par ablation (fonte de neige et de glace), sur une année hydrologique (d’octobre à septembre de l’année suivante). On parle de bilan de masse négatif lorsque le glacier se trouve dans une phase de contraction de son volume, positif lorsque le glacier est en phase d’expansion. L’évolution des trois glaciers suivis par l’Observatoire du Mont-Blanc ne laisse aucun doute : ils se trouvent tous les trois dans une phase de retrait rapide avec des pertes de volume importantes, de 12 à 20 mètres d’eau équivalente en seulement 16 ans.

Bilan de masse annuel pour glaciers sélectionnés (Cumulative absolu)

Parmi les indicateurs environnementaux présents au sein de l’Observatoire du Mont Blanc, les indicateurs liés aux données de température sont ceux qui décrivent le mieux les modifications en cours. Ces indicateurs se basent sur les séries historiques enregistrées par les différents services régionaux et nationaux de météorologie (Météo France, Météo Suisse, Centre Fonctionnel Région Autonome Vallée d’Aoste).

Nombre de jours d’été
L’indicateur “Jours d’été” exprime le nombre de jours annuels pendant lesquels la température maximale est supérieure à 25°C. En comparant les données historiques de référence (période 1981-2010) avec la dernière décennie, on s'aperçoit que le nombre de journées chaudes a fortement augmenté dans l’EMB. Cette augmentation est surtout marquée pour la bande altitudinale moyenne, entre 1000 et 2000 m. L’augmentation des périodes chaudes peut apporter certaines opportunités, telles que l’augmentation de la productivité des plantes, permettre un fauchage supplémentaire, aidant ainsi la production agricole ; mais elle aura également de nombreux impacts, y compris des canicules extrêmes, le risque de gelées tardives et la propagation d’agents pathogènes.

Jours d'été

Nombre de jours de glace
L’indicateur “Jours de glace” (nombre de jours par année où la température maximale reste inférieure à 0°C) met en valeur les journées très froides de l’année. Cet indicateur, important pour l’étude des impacts du changement climatique sur l'agriculture et la phénologie de faune et flore, nous montre une tendance inverse (mais conforme) à celle de l’indicateur précédent. En effet, les journées froides diminuent et cette diminution est particulièrement accentuée dans le fond de la vallée (-46%; voir en bas de la page). La tendance à la baisse du nombre de jours froids est également évidente sur les bandes altitudinales les plus élevées où on enregistre une diminution moyenne de -13 jours de glace en 8 ans.

Jours de glace

Durée de la saison végétative
Le changement de l’activité végétale est un indicateur sensible et observable des changements en cours dans la biosphère. L’allongement de la partie de l'année pendant laquelle on trouve les conditions favorables à la croissance des plantes (température moyenne supérieure à 5°C) s’explique par des événements printaniers précoces (débourrement, feuillage, floraison, etc.) et des événements automnaux tardifs (coloration et chute des feuilles). Ces changements peuvent être principalement attribués à la hausse des températures moyennes au printemps et à l’automne.
Dans les territoires de l'EMB, depuis le début des années 80, la saison de croissance annuelle moyenne s’est allongée sur toutes les bandes altitudinales et de manière plus marquée sur la bande altitudinale la plus froide : environ deux semaines au-dessus de 2000 m.

Saison végétative

Les modifications environmentales que nous montrent ces trois indicateurs vont avoir de multiples répercussions dans de nombreux domaines, soit economiques, soit sociales. Le schéma "Chaîne des impacts dans la région Rhône-Alpes" - voir en bas de la page -, produit par Auvergne-Rhône-Alpes Énergie Environnement en 2019, représente l’ensemble de la chaîne d’impact du changement climatique.

Par exemple, l’augmentation du nombre de jours d’été va provoquer une fréquence plus élevée des pics de pollution. Le cas de la pollution par l’ozone (O3) est exemplaire : résultant de réactions chimiques favorisées par le rayonnement solaire, impliquant des polluants présents dans l’air, comme les oxydes d’azote, émis principalement par le trafic routier, et par des composés organiques volatils (hydrocarbures, solvants...) produits par les industries. Ce polluant pose des problèmes surtout pendants les périodes de fort rayonnement solaire (destinés à augmenter) avec absence de vent qui, généralement, en provoque la dispersion même à longues distances. En conséquence, les pics de concentration d’ozone peuvent se produire même à des distances élevées de l’origine de la pollution et peuvent durer plusieurs jours. L’ozone, présent naturellement dans la stratosphère (entre 15 et 60 km au-dessus du sol), est fondamental pour la vie sur la terre (filtrage des rayons UV) mais il est toxique (irritant) pour l'homme impactant d'autant plus la santé des plus fragiles déjà concernés par la simple augmentation de température.

Les fortes chaleurs auront également des impacts négatifs sur les bâtiments et le confort thermique dû aux mauvaises isolations, et sur l'utilisation excessive de la climatisation qui va augmenter la température extérieure localement en milieu urbain renforçant l'effet des îlots de chaleur.
La recherche de fraîcheur pendant l’été pourra emporter une nouvelle vague touristique vers les territoires de montagne. Les communautés de montagne devront donc être prêtes à valoriser cette nouvelle tendance et à faire face à l’augmentation de la pression anthropique sur des milieux naturels déjà affaiblis (augmentation des agents pathogènes, changement de la qualité du sol, stress hydrique, etc.), et à la pression croissante sur la ressource hydrique (modification du cycle de l’eau induite par un changement du rythme des précipitations, variation saisonnière du débit des torrents à la suite de la fonte des glaciers).

Les effets du changement climatique sont donc déjà bien visibles et mesurables sur le territoire de l’Espace Mont-Blanc, mais la sévérité avec laquelle ils changeront l’environnement qui nous entoure dépendra des actions d’atténuation que nous pourrons mettre en œuvre à partir d’aujourd’hui, au niveau régional, national et supranational. Enfin, il est extrêmement important d’agir également au niveau personnel pour réduire sensiblement notre impact sur l’environnement, en faisant des choix éclairés sur nos modes de vie.

 

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